RIEN NE ME PRÉDESTINAIT À L’ÉCRITURE

J’avais 5 ans, presque 6 quand je suis rentrée en première année primaire. En état de choc, après avoir été catapultée dans un pensionnat, je sombrai dans un mutisme profond.Je parlais peu, j’avais du mal à me faire des amies. Il y avait 13 pensionnaires en tout et une quarantaine d’externes dans ce petit établissement de l’Immaculée conception, encadrées par 5 religieuses et quelques instituteurs, dans un tout petit village de Belgique. Les classes étaient groupées en trois sections : 1 et 2, 3 et 4, 5 et 6. Les seules activités qui me plaisaient et avaient le don de m’emmener dans un autre univers, tolérable, agréable, étaient la couture, la gymnastique, le dessin et, plus tard, lorsque j’eu 8 ans, la cuisine et la lecture.

J’ai failli doubler ma première année. J’avais de la difficulté en lecture. J’avais l’impression d’être dans un monde étrange et je ne comprenais pas grand-chose à ce qui se passait autour de moi. Aujourd’hui, je me rends compte que je trouvais ces cours
vraiment stupides. Je me rappelle, comme si c’était hier, les phrases à lire : « Rémi a ramé avec sa rame ». Pas très stimulant comme histoire, vous l’avouerez, n’est-ce-pas ?
En fait, je m’ennuyais.

Pourtant, au fil des ans, j’étais première de classe sans savoir pourquoi. Mes bulletins affichaient, malgré tout, des messages de reproches : « Rosette est dans la lune », « Rosette peut faire mieux », « Rosette a de l’or dans les doigts mais elle est paresseuse ». Pire, la mère supérieure me disait souvent : « Tu finiras comme madame pipi », ce qui revenait à dire que je serais la dame qui reçoit nettoie les w-c publics et récolte quelques pourboires en guise de salaire. Pas très reluisant.

Plus tard, au secondaire, on fit mon évaluation en vue de me renseigner sur mes capacités à choisir un métier. Ils appelaient cela une orientation scolaire. Le verdict tomba : « Rosette a des problèmes de communication », là aussi, pourtant, j’étais
première de classe. En dernière année, j’étais celle qui expliquait les leçons à mes amies. Nous étions seulement 4 en terminale. Trois d’entre nous sont restées amies encore aujourd’hui, plus de 50 ans plus tard. J’aidais ma meilleure amie, qui était née en Afrique, et qui avait un esprit libre et sauvage, à étudier. Elle est devenue ma sœur de cœur. Elle vit en Belgique. Nous nous voyons en Crête chaque année, dans sa maison de rêve.

Étonnamment, j’ai étudié en communications. Ne dit-on pas qu’on travaille dans le domaine où l’on a le plus à apprendre ? C’est mon cas. Je suis devenue une spécialiste en communications. Une experte en promotion. Une conférencière, animatrice
d’émissions télévisées, une écrivaine. Ouf. Les orienteurs professionnels vont en faire un cauchemar. Ils étaient vraiment à côté de la plaque. Ils n’avaient pas tort sur un point. J’étais la fille la plus timide de la planète. Même à 17 ans, je n’osais pas entrer dans un restaurant, seule. Je n’imaginais pas prendre la parole en public. À 40 ans, alors que je devais parler devant les élèves de la classe de mes enfants, je tremblais comme une feuille morte. Pourtant, j’avais déjà fait des présentations officielles. C’est ainsi que je décidai de prendre un cours en communication orale à l’université de Montréal, histoire de me soigner de ce handicap.

Morale de l’histoire. Suivez votre filon. Ne laissez personne vous dire ce dont vous êtes capable ou non. Suivez votre étoile. Répondez à l’appel de votre cœur. Savourez les miracles de la vie. Acceptez et dépassez vos peurs. Chaque peur est comme une pelure d’orange. Un jour, vous arrivez au cœur de la pulpe et vous la dégustez. Chaque peur dépassée estompe un peu l’intensité de la prochaine peur. Bientôt, vous n’y penserez même plus. C’est un entraînement.

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